Même si cette équipe a préféré préserver son titre
générique "Les Mondes allemands : régions, histoire, cultures,
sociétés", tant pour préserver une continuité institutionnelle que pour
pouvoir accueillir tous les candidats germanistes, ainsi que d’autres
spécialistes dont le travail relève du monde germanique, elle se
concentre depuis le contrat 2004-2008 sur l’histoire des idées, XVIIIe
et XIXe siècle. C’est l’époque de Goethe (la Goethezeit, 1749-1832) qui
en constitue le "noyau dur", même si certains travaux individuels des
membres de l’équipe, ainsi que l’un de ses axes thématiques (l’exil
allemand, un axe animé surtout par H. Roussel), en dépassent les limites
temporelles. Le noyau thématique ne devrait donc pas être considéré
comme un cadre rigide des recherches menées par cette équipe.
Son axe central demeure néanmoins l’histoire des idées
(de l’Aufklärung, via l’Idéalisme allemand, aux postidéalismes, ceux de
Marx et Nietzsche compris). Tous les professeurs ou assimilés de l’EA
(P. Pénisson, F. Schrader, N. Waszek, M. Espagne, E. Décultot) et la
plupart des maîtres de conférences participent à cet axe, centré sur la
pensée allemande, par des publications et des manifestations
scientifiques régulières (colloques, journées d’études…) sur Goethe,
Kant, Herder, Hegel, Heine, Marx, Nietzsche…
En ce qui concerne les idées et concepts étudiés, les
discours sur l’art et l’esthétique jouent un rôle particulièrement
important (cf. les nombreux travaux et réalisations en cours).
Pour ce qui est des penseurs étudiés, le travail de l’EA
accorde toujours, à côté des grands noms Kant, Herder, Hegel…, un
intérêt particulièrement prononcé aux contributions juives à l’histoire
culturelle dans l’aire germanique : la marginalisation fréquente de ces
penseurs dans l’histoire allemande appelle à des réhabilitations. De
plus, la perspective marginalisée des auteurs concernés éclaire souvent
d’une lumière nouvelle le centre même d’une culture (cf. les travaux de
M. Espagne et M.-A. Maillet sur Heine, de N. Waszek sur Edouard Gans et
sur Emil Fackenheim, de C. Trautmann-Waller sur Zunz, de P. Pénisson sur
Steinthal, de F. Schrader sur Marx, de J. Le Rider sur Freud).
A ces thèmes fondamentaux s’ajoute un axe historique de
l’équipe, centré sur les travaux de H. Roussel sur l’exil allemand en
France.
Outre l’importante activité de recherche de chacun des
membres de l’équipe, dont attestent le bilan quantitatif et la
bibliographie collective, beaucoup d’activités communes, démontrant
l’homogénéité de l‘équipe, ont été organisées.
La
Revue germanique internationale (pendant 11 ans, de 1994 à 2004, et 22
volumes aux Presses Universitaires de France - une nouvelle série a été
lancée aux Editions du CNRS, dont le N° 8 sortira au printemps 2009)
reste un point de cristallisation des activités communes de l’équipe. La
revue, fondée par M. Espagne et J. Le Rider, est maintenant dirigée par
Michel Espagne, et compte un grand nombre des membres de l’EA au comité
de rédaction ou au comité scientifique. Les numéros de la revue ont été
majoritairement coordonnés par un ou des membre(s) de l’équipe. La
coutume – à géométrie variable, mais très régulière - est que plusieurs
membres de l’équipe contribuent à chaque volume. La publication d’un
volume de la Revue est souvent précédée d’un colloque, qui réunit la
plupart des membres de l’équipe. Par exemple, le N° 20 : Herder et les
Lumières européennes, sorti en août 2003, a été préparé à l’occasion
d’un grand colloque international, organisé par J. Le Rider, P.
Pénisson, et N. Waszek, à la Fondation Singer-Polignac (Paris XVIe), le 6
et 7 mars 2003.
Les
collections "Perspectives germaniques" (PUF), "Voix allemandes" (Ed.
Belin), "Bibliothèque franco-allemande" (Ed. du Cerf), "Transferts" (Ed.
du Lérot), et "De l’Allemagne" (Ed. du CNRS) ont accueilli de nombreux
ouvrages collectifs, qui documentent les activités communes de l’équipe.
Le
projet collectif phare de l’équipe, le Dictionnaire du monde
germanique, qui nous a occupés presque dix ans, vient de sortir aux
éditions Bayard, Paris, 2007, 1.310 pages en grand format. Plus de 900
articles, écrits par environ 340 auteurs, dont les meilleurs
spécialistes de la discipline en France et à l’étranger, ont été
rassemblés. Sept membres, actuels ou anciens, de l’EA 1577 (Décultot,
Espagne et Le Rider comme directeurs ; Helmreich, Pénisson,
Trautmann-Waller et Waszek comme membres du comité éditorial) ont été en
première ligne dans la réalisation de ce travail. Ils ont aussi rédigé
eux-mêmes un nombre considérable d’articles.
Un
autre projet important, auquel l’équipe est liée par plusieurs de ses
membres, est l’édition française des œuvres d’Heinrich Heine (Ed. du
Cerf, Dir. Michel Espagne), qui compte déjà dix volumes.
Une
place de choix, parmi les activités collectives, revient au colloque
international "Hegel : Philosophie de l’Histoire", réalisé en novembre
2005. Le programme détaillé se trouve toujours sur le Net :
http://recherche.univ-paris8.fr/man...
ou
http://www.dhi-paris.fr/seiten_deut...
Outre
les plus éminents spécialistes sur le plan international – Bernard
Bourgeois de l’Institut, Walter Jaeschke (Directeur des Archives Hegel
en Allemagne), Claudio Cesa de l’ENS de Pise/Italie –, cinq membres de
l’EA y ont participé. La publication des actes est en préparation et
devrait se faire dans les meilleures conditions.
Parmi
les autres objectifs annoncés, nous avons pu réaliser des études
approfondies de Christian Garve et de son rôle au sein des Lumières
allemandes (cf. notamment les publications de N. Waszek, 2006 et 2007)
et des transferts culturels entre hégéliens et saint-simoniens (cf. le
collectif publié en 2007, qui remonte à un colloque de fin 2002, avec
des contributions de M. Espagne et N. Waszek).
Deux
colloques collectifs ont été organisés en 2008 : l’un sur "Heine comme
témoin de la vie culturelle de son époque" (13 et 14 mars 2008) et
l’autre sur "Haskalah et Aufklärung : philosophes juifs des Lumières
allemandes" (23 et 24 mai 2008). Ils ont regroupé, à chaque fois,
plusieurs membres de l’EA ainsi que des invités français, allemands et
internationaux.
La concentration sur l’histoire des idées (XVIIIe et
XIXe siècles) du domaine germanique nous semble toujours la bonne
décision pour le développement d’une stratégie ambitieuse, au
rayonnement international – d’autant plus que cette thématique est peu
présente dans la germanistique française.
En ce qui concerne l’insertion de l’équipe dans
l’environnement scientifique, pour parler d’abord de notre propre site
universitaire, nous entretenons de bonnes relations avec le groupe sur
la pensée politique (animé par G. Mairet et B. Guillarme au sein du
département de sciences politiques). Nos passerelles vers l’ENS (Ulm) et
l’EPHE sont entretenues par M. Espagne et E. Décultot (pour Ulm) et par
Jacques Le Rider (pour l’EPHE). A propos des saint-simoniens et de leur
rapport à l’Allemagne, nous avons également coopéré avec l’équipe de
Philippe Régnier à Lyon (CNRS, UMR-LIRE). Bien entendu, nous cultivons
aussi nos relations avec les différentes institutions allemandes de la
recherche installées à Paris, notamment avec l’Institut historique
allemand (dirigé de longue date par W. Paravicini, et, depuis 2008, par
Gudrun Gersmann, et installé dans le Marais, Paris 3e), qui nous
accueille régulièrement dans ses locaux agréables et prestigieux.
Beaucoup de nos activités de recherches sont réellement
multidisciplinaires et incluent, à côté des germanistes, des chercheurs
en philosophie, histoire, sciences politiques (histoire des idées
politiques), histoire de l’art… Compte tenu de notre spécialisation,
ceci se pratique tout naturellement.
Parmi les chantiers que nous cultivons et envisageons de
cultiver dans les années à venir, il conviendrait d’évoquer les
suivants – selon leurs sujets, en ordre chronologique :
1)
Pour ce qui concerne notre travail sur l’Aufklärung, notamment dans son
rapport avec le monde juif, un grand colloque « Haskala et Aufklärung :
philosophes juifs des Lumières allemandes » a été organisé le 22 et 23
mai 2008 par une jeune membre de l’équipe, Stefanie Buchenau, avec
l’aide bienveillante de M. Espagne et de N. Waszek, ainsi qu’avec un
partenaire extérieur, Nicolas Weill (Le Monde). En voici le texte
d’annonce :
« On reconnaît souvent dans le XVIIIème siècle allemand
l’époque bénie et révolue d’une véritable symbiose des cultures
philosophiques juive et allemande. Les figures de Moses Mendelssohn et
de Salomon Maïmon sont sans doute les plus célébrées sinon les plus
représentatives du mouvement de la haskalah, les « Lumières juives »,
mais d’autres penseurs moins connus, tels Lazarus Bendavid, Markus Herz,
Naphtali Herz Ulmann, etc. y jouent un rôle important. L’ambition du
colloque est de faire un état des lieux des recherches internationales
sur la haskalah en Allemagne, en s’attachant à mettre en évidence la
richesse et la diversité de la pensée juive de l’Allemagne du XVIIIème
siècle et l’importance de sa contribution aux grands débats
philosophiques du siècle.
Il s’agira donc, après avoir rappelé le contexte institutionnel et
historique, de donner voix à une multitude de texte méconnus, rédigés en
allemand et en hébreu : des traités philosophiques, des
correspondances, des commentaires philosophiques, des autobiographies
intellectuelles, mais aussi des revues (tel que Hameassef). On
s’attachera à mieux cerner les influences qui s’exercent dans les deux
sens : d’un côté la haskalah, par le contact avec la philosophie et la
terminologie philosophique du XVIIIème siècle allemand, constitue à
certains égards une réforme du judaïsme traditionnel. De l’autre, elle
contribue certainement à enrichir ou infléchir la philosophie allemande.
On a relevé le lien très étroit qu’entretiennent les maskilim, les
philosophes juifs des Lumières avec la philosophie allemande de leur
temps, celle de Leibniz et de Christian Wolff d’abord et celle de Kant
par la suite, laquelle suscite des réactions fortes, des résistances
(dans le cas de Mendelssohn ou de Herz) et des adhésions partielles et
critiques qui prennent souvent la forme de commentaires métacritiques
(Bendavid, Maïmon). Pourtant, contre une certaine tendance de
l’historiographie courante à traiter ces penseurs comme de simples
représentants d’une école, qu’elle soit wolffienne ou kantienne, on
s’efforcera de les lire pour eux-mêmes ; sans supposer donc que toute
résistance à Kant est simplement due à une incompréhension de
l’entreprise critique ou à une incapacité à s’affranchir de traditions
plus anciennes, et sans supposer non plus que la critique et
Nachbesserung (« correction ») de l’œuvre de Kant préparent
nécessairement et logiquement la voie à l’idéalisme. »
Les actes de ce colloque sur « Haskala et Aufklärung :
philosophes juifs des Lumières allemandes » vont donner lieu à une
publication dans un numéro de la Revue Germanique internationale, à
paraître en 2009 aux éditions du CNRS.
2)
Il faut donner un nouvel élan aux recherches sur Herder, car le profil
original de cet auteur, au carrefour de la littérature, de la
philosophie et l’histoire des idées, correspond bien aux préoccupations
de l’équipe. Après le grand colloque sur Herder en 2003 (à la Fondation
Singer-Polignac, Paris 16e ; avec publication des actes dans la Revue
Germanique internationale. N° 20), ce domaine a été quelque peu négligé
par nos membres. Mais dans les années à venir, les conditions devraient
être mûres pour un renouveau des activités sur cet auteur. Comme le
colloque de 2003 a surtout eu recours aux œuvres du jeune Herder,
notamment le Traité sur l’origine de la langue, la recherche devrait se
poursuivre sur les œuvres plus tardives de Herder, et elle devrait se
matérialiser dans une édition/traduction française d’une œuvre de la
maturité de Herder, avec un colloque au moment de la sortie de celle-ci.
3)
Le travail sur l’Ecole hégélienne et le post-hégélianisme au sens large
a été parmi les résultats les plus remarqués de notre équipe — avec,
entre autres, la publication (en allemand) du volume Hegelianismus und
Saint-Simonismus (Paderborn, Mentis, 2007), la participation à un volume
de Cambridge University Press The New Hegelians (2006) dirigé par
Douglas Moggach d’Ottawa, et une contribution à la Revue française
d’histoire des idées politiques (Paris, Ed. Picard 2007). Il convient de
persévérer dans cette orientation. Dans cette perspective, une autre
coopération avec D. Moggach est en cours (pour un volume à l’intention
de Northwestern University Press). Une édition française du volume
Hégélianisme et Saint-Simonisme est également en chantier. Il ne s’agit
pas seulement de faire redécouvrir, dans une perspective historique, une
tradition de pensée négligée depuis plusieurs décennies, mais aussi de
faire apparaître la portée systématique de cette pensée pour les débats
actuels. Des rencontres de travail, notamment avec des collègues de
Münster et de Cologne/Allemagne, mais aussi d’autres pays, sont prévues
pour faire avancer notre travail dans ce domaine.
4)
Avec Heinrich/Henri Heine, un autre auteur qui est toujours au centre
de nos préoccupations, nous restons proches du sujet précédent, car
Heine n’était pas seulement un poète, il participa aussi, activement, au
débats post-hégéliens. Un colloque a réuni au moins quatre membres de
l’équipe (deux projets de thèse encadrés par l’équipe sont aussi liés à
Heine) le 13 et 14 mars 2008, à Paris, afin d’ouvrir un nouveau cycle de
travaux sur Heine. Justement dans la perspective de nos étudiants en
thèse, il s’agit d’utiliser davantage les fonds parisiens, donc relevant
de la deuxième moitié, parisienne, de la vie de Heine, pour clarifier
sa perception des éléments variés de la vie culturelle dans la capitale
française. "Heine comme témoin de la vie culturelle française" a donc
été le titre de ce colloque.
Les actes de ce colloque sur Heine vont, eux aussi, donner lieu à une publication à paraître en 2009 chez L’Harmattan.